Je déambule. C'est peut-être là le mot le plus juste pour décrire ce que je fais avant même de porter l'œil au viseur. Errer sans destination précise dans les rues de Brest, laisser la ville me traverser, attendre que quelque chose, une lumière, une silhouette, une tension entre deux êtres, vienne me retenir.
Mes photographies peuvent donner l'impression d'avoir été saisies à la volée. Elles le sont, d'une certaine façon. Mais chacune est précédée d'un temps d'observation que personne ne voit : ce moment suspendu où je sens que quelque chose est sur le point de se produire, et où je choisis de rester là, immobile, à attendre.
Je travaille presque exclusivement avec mon Leica Q3, en recadrant la plupart du temps à 35 mm, une focale qui me rapproche au plus près de ce que mon œil perçoit réellement. Pas de longue focale pour épier à distance, pas de trépied pour figer ma posture. Juste moi, mon boîtier, et cette présence assumée dans l'espace public. Je ne me cache pas. Je suis là, visible, et c'est précisément cette honnêteté qui, parfois, crée la confiance.
Je règle ma vitesse d'obturation en fonction du sujet que je veux figer. Mes personnages apparaissent souvent suspendus dans le temps, presque immobiles, tandis que le monde autour d'eux continue de s'agiter. Silhouettes floues, traces de mouvement, éphémère imprimé sur le capteur. Ce décalage entre le sujet et son environnement est, pour moi, une forme de poésie.
Il y a aussi une éthique dans ce travail, aussi profonde que l'esthétique. Je ne photographie pas ce qui blesse. Jamais un sans-abri à terre, jamais un enfant en larmes, jamais un regard qui dit non. Le vrai filtre en photographie, ce n'est ni l'objectif ni la lumière : c'est le regard du photographe, ce qu'il choisit de montrer, et ce qu'il décide, en silence, de ne jamais figer.
À travers ces images, je cherche à saisir quelque chose de la singularité brestoise : ces gestes du quotidien, ces compositions improbables que le hasard offre avec une précision presque chirurgicale, ces regards qui traversent l'image sans jamais tout à fait la quitter.
Mes photos ne sont jamais volées. Elles saisissent des instants de vie, pris à la volée.
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« Le seul véritable filtre en photographie est celui du regard du photographe. »
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